La vertu de constance

Aujourd'hui nous méditons la vertu de constance qui s'oppose au vice de l'inconstance.

 

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Le vice de l'inconstance : " •« Pourquoi devrais-je ignorer qui je suis? ce que je sais faire, je le fais, et si je n'agissais pas ainsi, je serais bien stupide! J'admire ce que font de nombreuses personnes qui rendent fous les sages, qui rendent pauvres les riches, et avilissent les honnêtes. Je me présente telle que je suis et je parle de ce que je veux; je n'abandonne pas ce que je possède, et je fais ce que je peux faire, autant que mes possibilités me le permettent: autrement, je serais bien idiote. En effet, un artisan qui ne terminerait pas un objet alors qu'il en est capable, qui délaisserait son art et ne l'exercerait pas, serait bien sot.  Le destin en ce monde nous l'apprend! Lorsqu'un homme est riche, il fait ce qu'il veut, et lorsque la chance le quitte, il ne peut plus faire ce qui lui plait. »

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Explication d'Hildegarde : "

Le personnage ressemble à une roue d'un chariot dans les ténèbres, agitée par le vent, et qui tourne comme une meule : la trajectoire de l'inconstance est instable comme l'est le cours de ce qui, du début à la fin, n'a aucune stabilité, et qui, lesté de nombreux excès et accablé de nombreuses vanités , s'endort dans l'impiété; ainsi l'inconstance est mue par les tentations terrestres au point de ne rester jamais durable dans l'honnêteté, au contraire, elle court ça et là, en substituant l'ancienne coutume par un nouvel usage. 4 bâtons sont attachés aux rayons de la roue, car aux 4 coins du monde elle règne sur les divers mœurs des ho qui agissent ouvertement  suivant leur gout, elle ne veut pas se débarrasser des vicissitudes des revirements, et intervertit sans cesse le nouveau avec l'ancien. Entre ces bâtons se dresse un ho qui est la personnification de l'inconstance, car ce vice maintenu par sa suffisance, prend une forme humaine au milieu des diverses habitudes des hommes, et parce que les ho ds leurs actions mettent plus d'inconstance que ne le font les autres créatures. De tels ho éloignent d'eux tout ce qui est honnête et suivent l'oubli de Dieu, car lorsqu'ils plongent Dieu dans l'oubli, ils se tournent vers l'inconstance par les pièges du diable qui n'a aucune droiture, ni sagesse, ni repos, ni modération. Il séduit les ho pour les emmener dans des aventures périlleuses, car il se trouve lui-même dans l'instabilité qu'il apprécie, et il harcèle sans cesse ceux qui pratiquent la constance. L'homme s'agrippe à un des bâtons avec chaque main, pendant que les 2 autres bâtons sont derrière son dos, car l'inconstance tourne à son avantage certaines habitudes des hommes, tant dans leur aspect spirituel que terrestre, alors qu'elle en ignore d'autres, spirituelles et terrestres aussi; en effet, l'ancien serpent donne des inquiétudes tant aux hommes qui servent Dieu qu'à ceux qui vivent séculièrement, et les incite à adopter dans l'inconstance, ces mœurs ci ou ces mœurs là, et à faire ceci et abandonner cela. Ce personnage tourne avec la roue, ce qui signifie que ce vice ne reste jamais en place; au contraire, il court sans cesse, changeant, et se dissipe à tous les vents; il va aimer ceci, rejeter cela, apprécier les anciens usages chez les hommes et tout de suite après adopter les nouvelles coutumes.  Il a des cheveux crépus et noirs car ce péché conduit les ho à penser qu'ils ont un immense savoir , alors qu'ils ne savent rien du tout car ils sont dénués de la droite fermeté, et ils aiment la sombre perversité dont la vanité est tortueuse.

Ses mains sont similaires aux pieds d'un singe car tout ce que l'inconstance accomplit est plutôt apparenté à une stupidité sans bornes qu'à une véritable prudence, alors qu'elle estime posséder les ornements de la prudence, tout en se promenant dans la stupidité. Ses pieds sont similaires à ceux d'un faucon car les traces de ses pas montrent sa rapacité, puisqu'elle ne veut pas suivre ce qui lui déplait, ce qu'elle le veut elle le prend, en pensant moins à leur utilité qu'aux apparences. Ses vêtements sont rayés de noir et de blanc, les affronts et les outrages qui caractérisent ses actions, tantôt dissimulent trompeusement les voies de la justice, tantôt cachent le chemin de la tromperie , et comme elle prétend qu'elle a fait quelque chose, soit pour préserver la sainteté, soit pour éviter la méchanceté, elle ne prend pas exemple sur la réputation et l'honneur des hommes sages et disciplinés; au contraire elle écoute la mollesse dénuée de courage de ceux qui n'aiment pas la sagesse mais la fuient comme la peste. En effet, ceux qui sont constants dans toutes leurs actions, honnêtes et probes, ne peuvent jamais tout à fait estimer ni aimer ceux qui sont inconstants dans leurs paroles et dans leurs actes.

L'inconstance essaie sans cesse de piéger les hommes de valeur, en s'ingéniant à les attirer à elle alors qu'elle n'en est pas capable, car l'âme de ceux-ci n'est pas fluctuante : ils demeureront fermes dans leurs bonnes et honnêtes habitudes.

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La vertu de constance : « Tu es stupide et creuse, et tu ne bénéficies pas de la grande force des dons de Dieu. Réfléchis un peu. Le diable a fait ce qu'il a voulu, et il est tombé en enfer. Adam a agi en fonction de son goût , et tous ses descendants sont devenus mortels. Goliath était convaincu de sa force, et il a été terrassé par un jeune garçon. Nabuchodonosor, lui-même, ton fils, a reçu ses biens de toi, et quelle a été sa fin? Et tes autres enfants, que leur est il arrivé, ceux qui ont reçu tes cadeaux? Dieu a rendu l'homme habile à travailler, et Il lui a donné aussi la connaissance pour qu'il discerne ce qui est honnête de ce qui ne l'est pas. Il lui a offert l'épée de la bonne conscience et le bâton de la mauvaise conscience.  Lorsque la chair bouillonne et que l'âme y consent et la suit, si vaines soient ses intentions, l'épée de la bonne conscience s'actionne contre la mauvaise conscience qui dresse son bâton contre celle-ci. Donc l'homme doit être attentif à ce qu'il faut faire. En effet, l'homme a envoyé la mauvaise conscience dans un gouffre, et il a donné à la bonne conscience une échelle montant vers le ciel, vers où se trouve la puissance de Dieu.  O toi, tu es pire que la mort, en préférant les uns et en méprisant les autres. Voilà pourquoi tu es descendue dans le gouffre et que tu n'as même pas remarqué l'échelle qui conduit au Ciel »

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ste Hildegarde nous conseille de méditer les passages bibliques suivants pour acquérir cette vertu de constance :

Ps. 33, v. 2

2 Thess 2.13-17

Ps 40

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1. Il y a la constance véritable et parfaite, lorsque rien ne peut détourner l'homme de la perfection, ni le bonheur, ni l'adversité. – Tel était Job : « Jusqu'à mon dernier soupir, je ne m'écarterai pas de mon innocence et je n'abandonnerai pas ma sanctification que j'ai entreprise » (Job, ch. 2s7, v. 5 et 6 –. Rien non plus, ni les menaces ni les flatteries ne l'amèneraient à transgresser ses vœux ou les commandements. Ainsi les sept frères (on en parle au IIe livre des Macchabées, ch. 7, v. 4 et suiv.) auxquels on avait coupé la langue, la peau de la tête, avec les extrémités des pieds et des mains, et qu'on brûlait vifs dans des chaudières bouillantes, furent constants à observer la loi du Seigneur. Et Eléazar aima mieux mourir plutôt que de faire semblant de manger des viandes défendues (ch. 6, v. 23).

 

2. Il a la constance véritable, celui qui ne cesse jamais de louer Dieu , selon cette parole du Psalmiste : « Je veux bénir le Seigneur en tout temps, sa louange sera toujours dans ma bouche » (Ps. 33, v. 2), et il brûle toujours du désir ardent de progresser. « Personne n'est tellement parfait et saint parmi nous, affirme le pape saint Léon le Grand, qu'il ne puisse être plus saint et plus parfait encore », et « on s'expose au danger de reculer dès qu'on abandonne le désir d'avancer ».

3. Nous devons être poussés à la véritable constance par celle des martyrs, et spécialement des vierges, qui ont mérité par la constance une gloire éternelle.

4. Une preuve de la véritable constance, c'est de ne point se relâcher en tout ce qui plaît à Dieu, malgré les menaces de mort ou la perte des richesses. Par exemple, Tobie n'hésita pas à continuer d'ensevelir les morts, contre la défense du roi Sennachérib, qui lui avait enlevé tous ses biens et avait même ordonné de le faire mourir (Tobie, ch. 1, v, 22). Daniel, non plus, ne cessait de prier (Dan., ch. 6, v. 10). Et les apôtres, après la résurrection du Christ, ne manquèrent pas de prêcher le nom de Jésus, malgré les supplices et la menace de mort : « Jugez vous-mêmes, disaient saint Pierre et saint Jean à ceux qui s'opposaient à leur prédication, jugez s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu » (Actes, ch. 4, v. 19). « On doit obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes », déclaraient saint Pierre et les autres apôtres (ch. 5, v. 29).

 

5. S'écarter du chemin de la justice à cause de la faveur des hommes ou pour un gain quelconque, c'est une preuve d'inconstance. Ainsi Balaam, pour l'amitié de Balac et ses présents, consentit à maudire le peuple d'Israël, contre l'ordre du Seigneur (Nombres, ch. 22, v. 17 et 18). Ou encore, ce jeune homme, par crainte de perdre ses richesses, s'éloigna, tout triste, du Seigneur Jésus qui lui conseillait la perfection... parce qu'il avait de grands biens, et il les aimait (Matt., ch. 19, v. 22). Les apôtres, pour éviter la mort, abandonnèrent leur cher Seigneur, et prirent tous la fuite (ch. 26, v. 56). An contraire, Mathathias, plein de mépris pour les honneurs et les présents que lui promettaient les envoyés du roi Antiochus, laissa tout ce qu'il possédait et s'enfuit dans les montagnes, afin d'observer la loi du Seigneur. Rien ne put le détourner de la voie droite, ni le désir de garder ses amis, ni la peur de perdre ses richesses (1er livre des Machabées, ch. 2. v. 28). Et saint Étienne, la mort le trouva constamment juste : les yeux fixés au ciel, accablé par les jets de pierres, il demeura ferme dans le Christ (Actes, ch. 7, v. 55). Saint Paul aussi avait la vertu de constance, lui qui s'écriait : « Pour moi, je suis prêt non seulement à porter des chaînes, mais encore à mourir à Jérusalem, pour le nom du Seigneur Jésus » (ch. 21, v. 13). ( source)

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Maintenant, vous pouvez lire la prière donnée par Hildegarde pour être loin des vices, en pensant tout spécialement à demander d'être loin du vice de l'inconstance. Je peux prendre note de ces choses sur un papier de tous les domaines de ma vie ou situations où je ne suis pas dans la constance.

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Ensuite vous pouvez terminer en écoutant cette musique d'Hildegarde et lui demander de vous accompagner à recevoir cette vertu de constance, si nécessaire, spécialement en ces temps de trouble.

Hildegard von Bingen - O Rubor Sanguinis/Favius Distillans [Sequentia]

Date de dernière mise à jour : 27/05/2022